Billet d'actualité

Google Maps et la politique de la terre brulée

Comment établir une position de domination en éliminant tout concurrence ?

2018-05-10

Lorsque j’ai lu la série Dune, j’ai découvert un concept auquel je n’avais jamais vraiment réfléchi : le despotisme hydraulique. L’idée est qu’une personne ou une entité qui obtient le contrôle d’une ressource critique, comme l’eau, peut imposer sa loi à tous ceux qui en dépendent. Le fait est que Google agit de même.

Reader a étouffé le marché des lecteurs RSS à peau de chagrin, réduisant la technologie à une situation marginale, loin du canal d’information qu’elle était.

Gmail est sur le point de remplacer définitivement les protocoles de messageries standards. Un tournant qui rendrait ses utilisateurs dépendants d’un outil fermé et propriétaire.

Oui, je sais que Gmail supporte IMAP et SMTP, mais l’intégration avec IMAP est au mieux minimale. Combien de temps avant que les évolutions et progrès introduits dans Gmail ne soient freinés par IMAP, comme les courriers avec « auto-destruction » ou la lecture retardée ? Ce jour-là, je ne donne pas cher de la peau de ce protocole. Et rien ne semble montrer que Google cherche à standardiser ses évolutions pour les rendre interopérables.

Dernier exemple en date : la cartographie.

Maps a asséché la concurrence en proposant une solution innovante et riche. Le marché des GPS est pratiquement aussi plat que celui des cartes papier.

Et maintenant que Map se trouve en position de quasi-monopole, voilà que Google se décide à faire exploser les tarifs d’utilisation de son service. Attention, c’est entièrement dans leur droit et je ne leur reproche pas cette évolution, bien qu’elle puisse être vue comme assez brutale.

On dit trop souvent « si c’est gratuit, c’est vous le produit ». Ce n’est pas tout à fait exact. La réalité est plus sournoise : si c’est gratuit, c’est surtout qu’il faudra payer plus tard.

Bien des services bâtis au-dessus de Google Maps vont rapidement se retrouver avec des frais qu’ils n’ont pas anticipés et qu’ils auront certainement bien du mal à couvrir et rentabiliser.

Créer Maps a été un investissement colossal pour Google et l’heure d’en récolter les fruits est arrivée. Ceux qui auront été assez inconscients pour construire un business qui s’appuie sur Maps vont maintenant payer le tribut de leur dépendance.

Sans véritable concurrence sérieuse pour proposer une alternative, il est, pour beaucoup, déjà trop tard pour rattraper la fusée Google. Même Apple a du mal à faire progresser son service Plans pour proposer une réelle alternative.

Quant aux solutions libres, elles n’offrent pas un niveau de confort comparable. Quand un client doit choisir entre une idéologie à l’aspect rustique et un produit clé en main brillant et lisse, sa décision est vite prise.

Il reste à espérer que les gros utilisateurs du produit Google se lancent dans des contributions vers une solution ouverte et partagée comme Open Street Map. Mais je ne retiendrai pas ma respiration.

Charge à chaque acteur d’être attentif. Essayez d’anticiper le prochain coup d’État de Google. AMP semble être le nouveau front pour défendre un web ouvert. La solution de Google n’a pas vraiment convaincu les foules sur sa première itération et ils cherchent à rectifier le tir avec la seconde. Restons prudents pour la suite et ne laissons pas une compagnie prendre le contrôle de l’information en ligne.

L’idée d’internet, et encore plus du web, consiste à proposer des protocoles ouverts et interopérables. Construire des silos n’est pas une option viable si l’on souhaite une réelle diversité.